“ Hommage à Ferdinand Alquié, à partir de manuscrits inédits”

par Kader Fouka

L’inconnu Ferdinand Alquié. Mais, qui était-il ? Sans entrer ici dans une biographie aussi détaillée que celle offerte par Paule Plouvier, Alquié naquit à Carcassonne, le mardi 18 décembre 1906. A proximité, par conséquent, de son bel et éternel château, déjà médiéval. Jeune, il aimait déjà se balader le long du canal du midi qui traverse la ville.

Il est aussi brillant élève que professeur. C’est qu’il enseigne la philosophie, de Montpellier au moins jusqu’à la Sorbonne. Il se verra offrir plusieurs distinctions de la part de l’Académie française pour l’ensemble de son travail.

Mais avant cela, il eût notamment comme professeur, Jean Laporte (1886-1948), mais encore, Etienne Gilson, et en outre, Gaston Bachelard lui-même. Pour être peut-être un peu plus exact, Jean Laporte, était l’auteur, entre autres, d’un travail volumineux sur “Le rationalisme de Descartes”. Quant à Gilson (1884-1978), il fut pour faire à nouveau simplement, un des plus grands historiens de la philosophie de son siècle, qui allé si aisément de St Augustin à Descartes et qui l’allia aussi. Ou bien, savait s’arrêter si doctement, sur l’aquinate, ou encore, un Jean Duns Scot.

Ainsi, sous l’égide de pareils professeurs, comment ne pas penser que le jeune Alquié fut déjà en possession de suffisamment de clés pour entrer plus justement encore dans l'œuvre de Descartes, en l'occurrence, et pour finir, par devenir lui-même, un de ses plus grands représentants et spécialistes ?

Parmi ses élèves, on relèvera, le célèbre philosophe, Gilles Deleuze. D’ailleurs, si nous regardons d’un peu plus près “La philosophie critique de Kant”, Deleuze ne manque pas de la dédier dès sa toute première page “À Ferdinand Alquié”, en un “témoignage de reconnaissance profonde”.

Et Alquié aussi, ne cessera à vrai dire, de témoigner sa déférence vis-à-vis de son ancien élève. En effet, à la parution de “Nietzsche et la philosophie”, écrite un an plus tôt, en 1962 donc, Ferdinand, y éternise dans ce manuscrit-ci, de façon si visionnaire, que “l’on ne saurait donner ici, une idée de la richesse du commentaire, à la fois nouveau et fidèle, que représente Deleuze”. Livre, poursuit-il, dans lequel “Nietzsche, s’y trouve éclairée, tantôt directement”, comme notamment “ une pénétrante étude de ses pensées”. Et puis “tantôt, par d’exactes comparaisons avec Pascal” et “Freud”, ou avec encore, le poète Stéphane” Mallarmé”. ( Ms, Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, alq, ms, 2.12, 060, 798).

Or, un tel fragment, ne serait-il pleinement convenir pour une présentation de l’œuvre deleuzienne ? Et qui ne désirerait recevoir pareil éloge, de la part de son professeur ?

Toutefois, Alquié n'a jamais eu comme célèbre élève, Gilles Deleuze, et puis, c’est tout. Certes non. C’est que parmis eux, figurent notamment, un Jean Deprun, Nicolas Grimaldi, ou bien toujours entre autres, un Jean-Luc Marion lui-même.

Mais pourquoi philosopher avec Alquié ? Tout d’abord, C’est qu’il ne fut point qu’un scrutateur si pénétrant de systèmes. Il fut un acteur aussi, de l’activité intellectuelle et philosophique, culturelle et artistique, du XXème! Fort souvent en effet, le philosophe y rencontrait autour d’une table, Gaston Bachelard, ou bien, le si surréaliste André Breton, et sans omettre le poète audois et aux doigts si “coeur-porels”, Joë Bousquet (1897-1950).

Avec Paul Eluard, Sartre, ou Pierre Seghers. Avec Claudel ou par exemple André Gide, Alquié prendra lui aussi courageusement la plume, son propre nom, pour écrire contre l’occupation de la France, contre Vichy. Et derechef de manière si écourtée, l’on retrouvera un peu plus tard, Alquié, au cœur même de mai 68. Et qui plus est, en tant que professeur de philosophie, et à la Sorbonne.

Mais pour qui cependant, le professeur et philosophe prit-il parti ? Ceci aussi, soulignons-le d’emblée. Pour la cause estudiantine elle-même.

Philosopher aussi avec Alquié, car il possédait cette appétence et tout aussi simultanément, cette compétence, afin de plonger dans une œuvre jusque dans ses confins. Telle était également son essencia, pour le dire en termes thomiste ou cartésien. Et pour seule corroboration, prenons l'œuvre de Descartes, ou bien de Malebranche, de Spinoza comme de Kant, ou encore, ses commentaires si pertinents sur le surréalisme.

A ce dernier volet, apprécions dès maintenant toute la finesse du regard alquién envers “la morale surréaliste” qui “repose à bien des égards sur le renversement des valeurs communément reçues”, et où “elle évoque Nietzsche et sade” graduellement.

Ceci étant aperçu, à présent, arrêtons-nous sur les relations intellectuelles entre Paul Valéry et André Breton que la plume Alquiéenne conserve historiquement, à l’instar de ce fragment où “Breton doit beaucoup à Valéry”. Notre philosophe l’étaye dans son manuscrit, par le fait que le poète troubadour lui “ a donné des conseils, et transmis le goût de la qualité” à l’exemple d’autre part “ de l’exécution parfaite” qu’était la sienne.

Mais tout antithétiquement, Ferdinand Alquié, y retient aussi les distances du même Breton par rapport au poète languedocien:” mais Breton, qui parle toujours de Valéry avec respect, ne lui pardonne pas”, cependant de s’être “présenté” et même d’avoir était reçu à “l’académie française”, à partir du mois de juin 1927. Or, n’était-ce pas pour une raison similaire que Sartre, juste un peu plus tard, refusera le prix Nobel de littérature, à savoir, afin de préserver une certaine liberté certaine, pleine et entière, envers une institution ?

Et sur cette affaire entre nos deux écrivains, Ferdinand Alquié s’en souvient très bien dans son manuscrit si inédit, dans la mesure où Breton “m’en parlé encore” au cours des “derniers déjeuners qu’il prenait chez moi”.

Ceci étant signifié, mais sans vouloir faire trop d’histoire, Alquié ne fut point non plus, ad litteram, un historien de la philosophie à l’instar d’un Gilson ou d’un Emile Bréhier, même s’il s'entretenait épistémiquement avec les deux. Mais alors, qu’était Alquié ? Pour en dire peut-être un tout peu plus, Alquié fut bien plus un philosophe de l’histoire de la philosophie qu’un historien, bien qu’il savait l’être également.

Outre ceci, Alquié abordait aussi, des thèmes dans toute leurs diversités et dans toute leurs adversités. Et le tout presque à chaque fois, avec tant d'intensité. Avec son champ réflexif, Alquié ne cesse de nous déterritorialiser. Il nous fait voyager subtilement de la philosophie à la poésie, de l’ontologie à la liberté, de l’art à la science, par l’entremise de nouveaux concepts, ou avec autant de nouvelles notions comme jusqu’à celles de la nation française. Brièvement donc, la réflexion alquiéenne, se meut dans le temps et émeut en même temps.

Très souvent, sa pensée se façonne de manière antithétique ou de façon aphoristique. Sur l’amour par exemple, interrogeons-le succinctement.

D’après sa plume, il se constituerait notamment suivant un “mouvement, qui semble osciller sans cesse entre l’égoïsme et l’oubli de soi”, ou même davantage encore, comme “la justification et le salut de l’individualité”, ainsi que par “le sacrifice de l’égoïsme”. Or, n’est-ce point tout cela également l’amour ?

Et puis, à maintes reprises, il est invité à Royaumont. Mais non pas uniquement en tant qu’auditeur ou laudateur, mais en tant qu’intervenant, à l’instar de leçon sur Husserl. A Royaumont, l’on y trouvait comme philosophe venant par exemple des états-unis, Willard van Ormane, ou d'Angleterre, Gilbert Ryle d’Oxford, comme de sir Alfred Jules Ayer de Londres pour sa part. L’on y trouvait aussi, Léo Apostel, venant quant à lui de Belgique, ou bien de France, Maurice Merleau Ponty, ou même derechef, Gilles Deleuze toujours entres autres.

Ainsi, après avoir esquissé une telle portraitisation, dé-couvrons à présent un peu plus la pensée alquiéenne elle-même. Et pour cela, débutons en tout premier lieu, avec le tout jeune Alquié, à savoir, l’étudiant. Prenons en effet celui-ci au cours d’un travail sur les rapports et les non-rapports entre l’artiste et le savant.Travail, au passage corrigé par la plume quasi violette, d’un autre philosophe, Yvon Belaval.

Mais s’agissant de leurs différences tout d’abord, l’artiste à l’image du poète, imprimerait pour le jeune Alquié, un je ne sais presque quoi de particulier, là où a contrario, le savant chercherait plutôt à exprimer, quelque chose de plus général. Or, puisqu’il en serait ainsi et non non-ainsi, dès lors, les percepts recueillis par l’entremise d’affects, ne seraient-ils point moins généraux que ceux découverts par le prisme du concept ?

Vue à partir d’un tel regard, pour notre jeune étudiant, l’art n’aurait-il donc une visée plus restreinte que la science ? Et voilà pourquoi d’ailleurs, dans ce contexte-ci le jeune Alquié y convoque sans aucune équivoque, au cours de son travail que “l’art, c’est moi”, tandis que “la science, c’est nous”.

D’autre part, le regard de l’artiste, n’y est point constamment froid. Il ne réside pas non plus dans sa particularité, à l’intérieur d’un jugement de valeur, dans lequel préside, le vrai ou le faux. Autrement dit, l’art ne se situerait guère au travers de catégories, mais se façonne plutôt autour d’un “enchantement”.

Et presque in fine, le poète se laisserait volontiers “charmer”, subjuguer, par la nature. Effectivement, il est séduit par le “charme des sens”, à l’instar d’un simple détail, mais pour finir par devenir lui-même une totalité. N'est-ce point d’ailleurs, le détail qui fait la différence ?

Toutefois, est-ce à dire pour autant que le jeune étudiant fut misologue ? Certes pas. Et, mille fois non. C’est que le jeune Alquié comme l’adulte, cultivent, adulent même sans cesse, une certaine perception antithétique. On l’a dit. Il possédait par conséquence comme particularisme, de penser en toute neutralité. Son penser en effet, se situer et se constituer, non point dans une certaine subjectivité mais plus par une objectivité certaine. Alquié n'est point claquemuré, ou emprisonné par une pensée. Il vaque jusqu’à elle librement.

Mais notre jeune étudiant, ne va plus tarder, comme par vitesse, de créer à présent une espèce de jonction, voire de conjonction entre l’artiste et le savant. Quant à celle-ci, découvrons là, grâce à cet autre fragment: “Mais la totalité que cherche le savant aura tout de même, son équivalent en art, où le détail unique” de l’artiste, comme celui d’une mèche de cheveu féminine, sera à la fois si “précis et évocateur” et sera même faire “surgir devant nos yeux le tableau complet”. Bref, c’est par là que le détail artistique y rejoint merveilleusement la totalité scientifique.

De la séparation de l’être”

L’étudiant ayant été légèrement entrevu, survolons maintenant le Ferdinand Alquié adulte. En bon philosophe, Alquié réfléchit à son tour sur l’être en tant qu’être. Réflexions effectuées, depuis a minima les pré-socratiques, à l’exemple de Parménide jusqu’à l’époque moderne comme avec “L’être et le néant” de Jean-Paul Sartre, et tout en passant bien notamment, par toute une ontologie avicennienne, d’aquinoise, cartésienne, ou même heideggerienne.

Et très souvent, lorsque nous parlons de séparation, nous comprenons presque ipso facto, une séparation avec autrui. Mais, qu’en est-il à vrai dire, en tout premier lieu, de nous-mêmes ? Effectivement, n’en sommes-nous point également séparés ? Et pour en dire seulement un peu plus, Ferdinand Alquié pressentait si lucidement déjà, toute cette nostalgie ontologique à venir, comme en témoigne de manière si patente et épatante, son ouvrage dont le seul titre nous ouvre toute une fenêtre: “La nostalgie de l'être”.

Ainsi pris à la lettre, l’être que je suis, est-il profondément l’être que je suis en réalité et dans sa totalité ? De la sorte, la philosophie alquiéenne, nous invite entre autres, à rechercher et à retrouver tout notre moi profond, si cher à un Maine de Biran comme à Bergson.

Succinctement donc, la philosophie d’Alquié n’est pas non plus une philosophie de la séparation mais plutôt, d’une préparation comme d’une réparation de l’être, à la lettre.

“Don juan, vue par Alquié”

Dans ce nouveau manuscrit, notre philosophe français de l’ancienne cité médiévale, s'intéresse à la problématique suivante: mais pourquoi, à dire vrai, Don Juan court-il après tant de conquêtes ? L’interrogation, serait normalement en intéresser plus d’une, et si ce n’est point, plus d’un.

Ainsi, le “désir” don juanesque serait-il “infini”, de sorte qu’il ne serait en réalité, jamais “comblé ou satisfait” ? Mais, dans cette perspective-ci, Don juan, se trouverait-il “au dessus” de l’amour, ou bien a contrario, “en dessous”, comme incapable de pouvoir véritablement “l’atteindre” ?

Mais quoi de plus normal, à ce que l’auteur du “Du désir d’éternité”, puisse s'intéresser au désir don juanesque, autrement dit, au travers de ses multiples aspects ? Alquié va donc l’examiner, non point qu’à partir de son écorce, mais plutôt de l’intelliger jusque dans sa pulpe.

Subséquemment, Don juan est-il dès lors si “heureux” dans son propre fond, de toutes ses conquêtes ? Et sur quelle échelle, à vrai dire, du “bonheur”, se situe-t-il véritablement ?

Or, succinctement encore, suivant l’analyse alquiéenne, c’est Don Juan qui, pour tout dire, dans le “fond” se “méprise” aussi, au travers de “tous ses mépris”, qu’il génère ici ou là. D’ailleurs, ne nous trompons guère. Car, dans l’éventualité où l’on admirera “du dehors son cortège d’amantes”, Don juan, pour sa part, le “déplore” en réalité dans son fond intérieur. Don Juan donc, vraiment si heureux ? Ou, au contraire, si triste en son moi le plus profond ? “Alquié et la poésie”

La philosophie, au cours de son histoire, a fort souvent marqué un certain rapport envers la poésie. Et pour faire ainsi court, par exemple Pythagore de Samos, une fois de plus chez les présocratiques, ou bien, que l’on songe aux multiples évocations poétiques lors des Dialogues de Platon. Aristote, quant à lui, écrira tout un ouvrage sur l’art de “La poétique”. Et pour sa part Lucrèce, compose le si philosophique De natura, tout en passant derechef par l’entremise de magnifiques vers.

Quant au début du dix septième, le jeune Descartes s’entretenant avec le sieur Beeckman, y évoque déjà, épistolairement, ces “muses” si chères à un Du Bellay, ou notamment, à un Ronsard. Et, bien plus proche de nous,

Heidegger philosophait, bien souvent, sur la poésie d’Hölderlin. Et puis Jean Wahl, s’appliqué aussi dans la réalisation de distiques au travers de sa métaphysique. Quant à Gaston Bachelard, il en appréciait particulièrement cet art.

Et c’est donc en bon philosophe qu’Alquié, va à son tour se tourner vers celle-ci. Il y scrute Ronsard et André Chénier, un temps lui-même carcassonnais. Il fait cours magistralement, sur Vigny et Musset, entre autres. Brièvement aussi, il était l'ami d'Eluard, d’Aragon, de Bousquet, de Nelly et de René Char. Alquié, lisait également, le bon vieux Hugo. Et peut-être même, jusque dans sa quintessence:” Hugo, y écrit-il un jour dans un autre fragment, a beau être un romantique flamboyant”, toutefois, “c’est un artiste, plus qu’un inspiré”. C’est que le poète apparaît au philosophe comme “un technicien de la forme remarquable”. Tel, en témoigne en l'occurrence, ses “odes et ballades”.

Ensuite suivons et tout en même temps poursuivons, ces semblables profondeurs alquiéennes, comme à l’image de cet autre fragment que la plume du philosophe Français nous offre : “le romantisme nous a rendu le moyen-âge”. Mais encore, sur l’auteur de “la maison du berger”, Alquié nous transmet maintenant qu’Alfred de “Vigny croit”, nonobstant à ses diverses mélancolies “au progrès par l’esprit”, et puis “au progrès de l’esprit”.

En outre, comme nous l’avons compris et même pris, le philosophe de l’ancienne cité médiévale fut lui-même épris par la création éluardienne, comme de son poème sur la liberté, qu’Alquié intellige et glose durant son manuscrit, avec tant d’émotions que de vibrations. Et enfin Alquié, relève en note que “le mot est à la fois idée, musique, couleur, relief”, et bien davantage en corps.

“Le philosophe face à la guerre”


A l'annonce de l’entrée en guerre de la France, en septembre 1939, notre philosophe est plongé auprès d’une lecture étudiée et détaillée de “La confession d’un enfant du siècle”, de Musset.

Et également au cours de la rédaction de son manuscrit, il y assoit quasi pour l’histoire, les tous premiers instants de cette entrée du 3 septembre et particulièrement, la réaction des femmes, en train de l’apprendre en direct à la radio. Il y rapporte aussi, l'atmosphère dans certains coins et recoins d’une partie de la France. Il y examine ensuite, l’homme un peu froidement et parfois de façon désappointée. Bref, suivons-en un peu plus Alquié, si témoin du XXème siècle.

En effet, le philosophe alors âgé de trente trois ans, s’interroge également sur le rôle du philosophe face à la guerre. Il y effectue même toute une réflexion originale. Mais retenons-en ici, ces divers points. Dans son esprit, se traverse que “sans doute” le fait de “jouir de la philosophie en temps de guerre n’a-t-il plus de sens” ?, pour quasi débuté.

Maintes, et puis, maintes autres interrogations apparaissent, mais sans pour autant disparaître aussitôt, comme à l’instar de celles-ci: “L’homme, est-il fait pour faire la guerre ?” Ou bien, le philosophe, doit-il à vrai dire, continuer de philosopher en temps de guerre ? Car,” peut-on penser quand il faut agir ?”. Car, “peut-on écouter du Mozart, ou bien lire du Racine, quand il s’agit de les défendre ?”. Cependant, qu'adviendrait-il toujours suivant notre philosophe Français, si tous les scientifiques, ou notamment, tous les boulangers, partaient à la guerre ? Le pays, serait-il continuer à tourner ? Dès lors, le camp ennemi ne serait-il commencer par crier victoire ?

“Ferdinand Alquié, contre le régime de Vichy”


Tout ceci étant abordé, terminons ces quelques petits phrasés, sur le fait que notre philosophe est bien évidemment à classer parmi celles et ceux qui s'insurgent face à l’occupation de la France. Ferdinand Alquié fera même partie, du cénacle si indicible des plus belles plumes certainement, françaises d’alors, qui feront face directement au régime de Vichy.

L’affaire est loin d’être mince. Car n'omettons pas que l’acte de prendre aussi plume, lors de cette période clairement obscure, pour dénoncer comme pour uniquement énoncer, pouvait devenir si périlleux. Et c’est donc, autour d’un florilège d’écrivains, à vrai dire, sans pareil, que notre philosophe y appose sa plume véritable, pour à son tour s’opposer.

Il le fit en effet avec courage, par l’entremise du “Domaine Français”. Ouvrage collectif, paraissant à Genève, au mois d'août de l’année 1943. Même pas donc, un mois et demi, après la mort du célèbre résistant Jean Moulin, entre les mains d’un certain Klaus Barbie bien incertain.

Quant à son article, Alquié l'intitulé: “ Sur une phrase de Proust”. Il s’agit, pour faire à nouveau simple, d’une exégèse sur l’idée proustienne suivant laquelle “l’amour, c’est l’espace et le temps rendus sensible au cœur”. ( Voir effectivement, “Domaine Français, aux éditions des trois collines, Genève, Messages 1943, p. 395-398).

En somme, dans ce collectif où il n’y a de dicible que l’indicible, dirigé entre autres par Jean Lescure, y figuraient aux côtés de notre philosophe Français, également la plume d’Aragon, de Mauriac, de Sartre et d’Elsa Triolet, de Jean Cassou comme de Claudel, ainsi que celle de Michaux et de Paulhan et d’Eluard, de Queneau notamment, comme de Bachelard, de Gide, et derechef, de Valéry.

Hommage à Ferdinand Alquié, philosophe Français, du XXème comme du XXIème siècle.

Sincères gratitudes à Catherine Mazurek, par qui j’ai découvert ce brillantissime philosophe.


Kader Fouka