Jean ESPARBIE

Avec l'arme des mots

« Lève-toi ! Prends l’enfant et fuis avec sa mère. »
Dans un songe Joseph crut l’avertissement
D’un ange qu’adressa durant la nuit le Père
Pour écarter du roi l’anéantissement.

Combien parmi nos jours supportent la misère
À la mort des gamins en Ukraine à Gaza
Car partout le canon dans le bruit du tonnerre
Emporte je ne sais où le présent qu’il rasa ?

D’innombrables Rachel pour leurs gosses qui meurent
Ne sécheront jamais les yeux noyés des pleurs
Dans le feu des conflits au sein desquels demeurent
Les chiendents du Malin contre la paix des fleurs.

Les Hérode du temps rendent inconsolables
Des frères et des sœurs, des parents, des amis.
Au nom d’une raison ou d’orgueils innommables
Ils déclarent souvent les voisins ennemis.

Ainsi souvenons-nous des attaques barbares
À celles d’aujourd’hui, sans effacer des cœurs
Du Midi rouge sang le drame des cathares
Puis la terreur qu’Hitler laissa dans nos rancœurs.

Grâce à l’arme des mots, cependant dérisoire,
Je voudrais m’indigner des monstruosités
Qui ravagent toujours d’une éphémère gloire
Et sèment le malheur pour des éternités.

Mario FERRISI

Un air d'autrefois

C’est un air d’autrefois qui va comme une horloge
Il vient orner mes pas avec des fleurs d’antan
C’est un hymne à la joie collé à ma caboche
Un refrain de Diva ranimé par le temps

Il parle de saisons emmurées dans mon âme
Il vient pour célébrer les ruses du destin
Il parle de liaison avec la blanche dame
Les rêves délabrés, les joyeux lendemains

C’est un air de famille, comme un air de vacances
C’est un chant occitan, de méditerranée
Un air de joyeux drilles et de réjouissances
Un vieux ciné-roman, un sort tout chiffonné

C’est une histoire d’enfance, de routes buissonnières
C’est un parfum rieur, acerbe comme l’agrume
De notre douce France, sans la furie guerrière
Un souffle supérieur qui vient nourrir ma plume

C’est un joli coffret débordant de sourires
D’images enluminées d’un éclat chimérique
De mots courbaturés qu’on a plaisir à lire
De passions safranés, de postures euphoriques

C’est un air d’autrefois qui va comme une horloge
Il vient orner mes pas avec des fleurs d’antan
C’est un hymne à la joie collé à ma caboche
Un refrain de Diva ranimé par le temps

***

Razès tourmenté

Les cris d’un corvidé ont annoncé l'orage
Les chevaux effrayés vont pénétrer l’enclos
Une sombre fureur remue le paysage
Des éclairs fulgurants se répandent en credo

On voit à l'horizon, le long des Pyrénées
Des masses s'alourdir, s'élever et s'étendre
Une armada monter dans le ciel incendié
Un grondement profond au loin se fait entendre

Le chêne en a frémi, son feuillage a tremblé
Le clocher vert blêmit au sommet de l’église
Le lugubre murmure a percé la forêt
Le vent qui tourbillonne nous cingle et vocalise

Les collines et les plaines de ce vaste Razès
Que les nues allongées recouvrent lentement
Disparaissent d  'un coup sous un voile de détresse
Qui pénètre les airs aussi lourd qu’effrayant

D’ardentes flèches brisent et fracassent le ciel
Elles font sortir sans cesse des éclairs métalliques
Et la foudre qui gronde en devient démentielle 
Le couchant ténébreux s'avilit, diabolique

Le vent du Nord qui vire et rase les maisons
Ce cumulus nouveau, ce remous de poussière
Lève une cendre sale qui file en tourbillons
Ôtant au territoire un reste de lumière

La tourmente et les vents lacèrent les nuées
La foudre fuse et tombe sur les toits hébétés
A grand bruit, se déverse une gigantesque ondée
Qui court en fort torrent dans les rues naufragées

Brusquement le vermeil modifie le décor
  Il couronne les champs, la plaine cailhautaise
Déployant dans les cieux les couleurs de l'aurore
Apportant le répit, grâce au vent qui s’apaise

Guy PUJOL

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Trésors du Jardin de France

Dans ce jardin de France la Loire capricieuse, parfois fantasque, s’étale et s’alanguit,
Au temps de la marine à voiles, des gabarres et des fûtreaux assuraient le trafic dans son lit,
Entre plaines, coteaux, bosquets, et vallons aux légendes gargantuesques,
Terre des arts et des lettres, les rois en ont fait leur résidence sous la Renaissance montaignesque.

Toi belle ville qui fit honneur aux Namnètes, puissante capitale de Bretagne en défiance,
Toi, douce ville bretonne qui en 1491 porta Anne sur le trône de Reine de France,
Douloureuse ville pour tant d’hommes mais histoire de paix par ton édit d’Henri IV roi,
Nantes ex-petite Venise de l’Ouest, ville de pierre qui un temps fut de bois.
Gardé par deux sphinx en pierre, Chenonceau, blanche passerelle posée sur le Cher,
Élégant, romantique, il incarne la séduction au féminin entre Catherine et Diane, la dame de chair,
Sa cheminée ornée de la salamandre et de l’hermine rappelle les lustres de la Renaissance,
Tout comme les lits à baldaquins, les tables en marqueterie et les tapisseries en magnificence.

Juché sur son promontoire, toisant les maisons ligériennes, Amboise fut siège de l’aristocratie,
Il conte l’histoire d’une amitié pleine d’admiration, entre Charles VIII, jeune roi ambitieux,
Et un grand génie de la Renaissance, inventeur jusqu’au dernier souffle, Léonard de Vinci,
Ce fameux créateur toscan ayant réalisé ses croquis d’avant-garde au Clos Lucé, gracieux.
Terre des arts et des lettres, les rois en ont fait sous la Renaissance le jardin de France,
Silhouette majestueuse, depuis 500 ans Chambord décline son utopie architecturale d’élégance,
François 1er en fera le décor de sa cour itinérante, « le gué sur la courbe » à bâbord,
Pour sa folie des grandeurs, une fantasmagorie de pierre dans sa dentelle de clochetons et d’ors.

Ce «  palais de fées et de chevaliers  » selon Victor Hugo, possède son joyau au centre du donjon,
Composé de rampes hélicoïdales et entouré de sa verrière, s’élève l’escalier à double révolution,
Subtil mariage entre l’escalier à vis moyenâgeux et les rampes droites italiennes,
Le château tournant sur lui-même avant de s’envoler vers la tour lanterne pompéienne.

Résidence favorite de sept rois et de dix reines, ce palais vous plonge dans l’histoire à sa guise,
Blois, capitale sous François II, dévoile sa façade de brique et chaînage de pierre blanche lustrées,
Son escalier monumental à vis s’ouvre sur la cour du château par de larges baies,
La chambre du roi et son immense lit d’Italie rappelle l’assassinat du Duc de Guise.

Château plein de grâce à la façade en tuffeau marquée de lucarnes à pilastres,
L’élégant écrin de Azay le Rideau, séduisit Balzac qui prenant le temps de l’admirer écrivit,
« Un diamant taillé à facettes, monté sur des pilotis masqués de fleurs, par l’Indre serti »,
Son parc à l’anglaise offre une balade romantique sous ses séquoias et cyprès droits vers les astres.

Tout contre la forêt de Chinon, les tourelles fantasmagoriques du Château d’Ussé,
Le conteur Charles Perrault en fera le château de la Belle au bois dormant, tout inspiré,
Et toujours sur la route de la vallée des rois, avec son style médiéval, Saumur,
Forteresse, palais puis prison deviendra un musée cerné par les vignes aux belles ramures.

Dans ce pays du bien boire et du bien manger gargantuesque,
Rabelais, le tonitruant écrivain enracina son épopée par cette fresque,
«  Sauter, danser, boire vin blanc et vermeil,
Ne rien faire tous les jours, que compter ses écus au soleil  ».

Guy Pujol

Evelyne GENIQUE

La musique des mots

Écrire un texte,
Et le mettre en musique
Par la sonorité des mots,
Avec la finalité de la création
Du rythme,
De la mélodie,
Mais aussi du sens.

Découvrir les sons,
Les vibrations
Qui nous entourent,
Qui composent notre monde,
Qui touchent notre cœur.

Créer une inoubliable mélodie,
Y ajouter des accords
Qui la transforment
En symphonie.

Mon esprit vagabonde...
Que faire ?
Je suis envoûtée,
Par cette somptueuse
Musique littéraire.

Rêvons ensemble!