Mario FERRISI

Ma terre

J’habite un beau village assis au bord des bois,
Forêt de Malepère que novembre dépouille,
Aux arbres inégaux penchant d’un air pantois
Qui frissonnent en riant, lorsque le vent chatouille.

J'admire son jeune éclat et ses beautés fanées
Qui partent vers l’azur où mon esprit s’envole
Ornées de vapeurs douces, au bout des cheminées
Avec les nappes blanches en forme d’auréoles.

Pérennes des sous bois, depuis combien d’années,
Depuis combien d’avrils, nous parlons-nous tout bas  ?
Depuis combien d’hivers vos ramilles essaimées
Se mêlent à la mousse et geignent sous mes pas  ?

Et dans cette ombre verte, lourde et démesurée,
Sans arme et sans courroux, je vais, guêtré de cuir,
Traînant mon vieux destin un peu courbaturé,
Suivre le grand chevreuil aussi loin qu'il peut fuir !

Je rêve d’un château émergeant du domaine,
Moi l'invité d’un soir et toi la châtelaine,
Avec les stars du ciel qui s’émeuvent avec nous
D’un air de rossignol qui séduit un hibou.

A Cailhau, des splendeurs éclatent dans les plaines,
C'est la fière saison des grappes empourprées,
Dans les vignes, le vent vibre de joie humaine
Et il court se mêler aux foules enivrées.

La terre a des parfums puissants et généreux,
Enrobant les clameurs des vendangeurs heureux,
Tandis que le clocher carillonne à tue tête,
Des vignerons courbés, relèvent leur casquette…

Les amandiers de Laugé

Ils sont toujours posés tout au long des talus
Penchant vers le Pujal, se tenant par la main
Agitant en riant leurs branches chevelues
Barbouillant de leur ombre l'Achillée ou le Thym 

Dans ce radieux midi qui farde les vallons
Les oiseaux rayonnants ont de sublimes chants
La nature éternelle disperse ses rayons
Sur le chemin mythique des amandiers géants

Vous souvient-il des temps où l'homme au chevalet
Avec son front serein et son âme discrète
Venait brosser ses toiles, les magnifiant d'un trait
Puis remerciait le ciel en ôtant sa casquette

Ah, comme il était beau, l'artiste dans sa gloire
Son paysage ouvert devant l'astre du jour
Dès l'aube sur un banc où il venait s'asseoir
Pour guetter la lumière, l'ombre et les contre-jours

Son pinceau vénérable lui tenait l'univers
Les horizons dorés par le soleil levant
Fleuraisons d'amandiers, éclosions familières
Qui faisaient de ces lieux, un Eden énivrant


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Jean ESPARBIE

Au cristal d’une nuit

Au cristal d’une nuit, un rêve ouvrit les voiles
Sur l’horizon des cieux où la Lune en quartier
Veillait tous les enfants qui jouaient des étoiles
Tandis qu’on les pleurait dans l’univers entier.

Des parents effondrés, penchés devant la tombe
Du trésor dérobé par une injuste mort
Espéraient succomber d’une proche hécatombe
Pour se soustraire enfin à la douleur du sort.

Comme moi verraient-ils là-haut dans les lumières
Les petits s’amuser délivrés du malheur
Du monde tourmenté jusque dans les chaumières
Car le Mal s’introduit, rusé tel un voleur  ?

L’accident, le cancer, le poison d’une drogue,
L’acte désespéré, un mauvais traitement,
Les œuvres du maudit, un rituel en vogue,
Aggraveront toujours l’anéantissement.

Pourquoi ajoute-t-on les ardeurs si funèbres
Des ogres des pays, chefs d’État odieux
Qui s’abreuvent du sang au milieu des ténèbres
Des gosses massacrés par des fous furieux  ?

Pendant ce temps heureux, protégé par la Vierge,
Déborah, Aïcha, chaque cher «  oisillon  »
Ignorait que l’amour entretenait un cierge
Dont la flamme vers lui dessinait un sillon.

Quand Vénus s’éteignit, je repris conscience
Des surréalités puis me sentis piteux
Face aux drames vécus parmi l’insouciance
Du parti des crétins, dégoûtants et honteux.

 

Dans l'Histoire

Glacé par les terreurs, nombreuses dans l’Histoire,
Je redoute toujours un serpent ténébreux
Au rampement feutré vers la folle victoire
Sur celui qui mourra sous le reptile affreux.

On donnerait bien sûr à cette bête infâme
Le nom d’un insensé fort connu dans temps
Jusqu’à troubler l’esprit et faire frémir l’âme
À chaque bond du corps sans doute pour longtemps.

Dans le tamis des ans, il me reste en mémoire
Clovis parmi les Francs, Charlemagne empereur,
Le juste Saint Louis dont on vante la gloire,
Puis le bon roi Soleil loué pour sa grandeur.

D’autres Français aussi à la tête superbe
Peuplent les souvenirs des leçons du passé,
Comme Napoléon, engendré par le Verbe
Et Lucifer unis dans un ordre classé.

Ici nul n’oserait ternir leur aura blanche
Mais ailleurs parfois loin beaucoup souligneraient
Les drames supportés par la volonté franche
D’exterminer partout ceux qui les imploraient.

Compté des étrangers, du berceau d’Angleterre
Le Prince Noir surgit dans tout le Languedoc
Tua, pilla, brûla tel jadis dans la guerre
Contre les albigeois mis au bûcher en bloc.

D’aucuns outre le Rhin ruinèrent les entrailles
Du pays affaibli des précédents assauts,
Excités d’acclamer les vastes funérailles
Des chères libertés, avant les vrais sursauts.

L’animal maintenant revêtirait la forme
D’un conquérant dans l’Est, d’un ministre oppresseur
Qui se voudrait vengeur, les deux hors d’une norme
À propos des civils face à l’envahisseur.

Sur le miroir du ciel, nettoyé des orages,
On peut apercevoir les tyrans des malheurs
Qui gonflent la légion des dirigeants aux rages
Ainsi qu’un vertébré dont je crains les horreurs.

Des furieux élans, sombrent dans les abîmes :
Les enfants affamés, les vieillards en lambeaux,
Les pauvres gens chassés, voire maintes victimes
Dont l’ombre du Seigneur caresse les tombeaux.

À l’enfer des conflits le poète s’oppose
Avec ses seuls écrits – armes sans lendemain -,
Suppliques pour la paix qu’au tréfonds il suppose
Impossible vertu dans l’océan humain.

 

Guy PUJOL

Tous les poèmes et écrits sur :

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Evelyne GENIQUE

La musique des mots

Écrire un texte,
Et le mettre en musique
Par la sonorité des mots,
Avec la finalité de la création
Du rythme,
De la mélodie,
Mais aussi du sens.

Découvrir les sons,
Les vibrations
Qui nous entourent,
Qui composent notre monde,
Qui touchent notre cœur.

Créer une inoubliable mélodie,
Y ajouter des accords
Qui la transforment
En symphonie.

Mon esprit vagabonde...
Que faire ?
Je suis envoûtée,
Par cette somptueuse
Musique littéraire.

Rêvons ensemble!