Mario FERRISI
Voici deux de mes poèmes écrits il y a bien deux decennies que je vous propose dans un habit singulier... une présentation "patinée à l'ancienne" , peut-être pour rompre avec la froide monotonie qu'engendre l'impression numérique.

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Jean ESPARBIE
Ce matin-là
Ce matin-là ici Maître Soleil éclaire
Le théâtre des jours enrichis des destins
Parfois forts compliqués et qui ne pourraient plaire
Aux innocents ravis par d’odieux festins.
À l’ombre des remparts la Bastide s’éveille
Certains vont travailler, d’autres font le marché,
Sur la place Carnot un marchand s’émerveille
Du chant d’un pigeonneau fier sur le Roi perché.
À Saint-Michel déjà près la grotte à la Vierge
Des larmes dans la voix un vieux ouvre le cœur
À Celle dont il sait que s’il lui offre un cierge
Elle intercèdera beaucoup en sa faveur.
Une femme au galop parcourt les rives d’Aude,
Heureuse d’afficher les bienfaits corporels
Des efforts répétés dès cette chiquenaude
Du café tant prisé pour des gains corporels.
Un homme endimanché, la figure bien triste
Découvre les méfaits décrits dans son journal
Alors qu’aucun bonheur n’illumine la piste
Où chaque individu vit jusqu’au point final.
Sur le bord du canal, presque devant la gare,
Une adorable enfant attend l’énamouré
Ou rêve d’un ailleurs sous les éclairs du phare
Élevé dans l’esprit par l’espoir entouré.
Maintenant du bureau, face à la page blanche,
Je recherche les mots capables d’exprimer
En témoin le moment ; soit mais nulle avalanche
Déclenche du cerveau ce que je veux rimer.
Du sein du Lauragais, la Baffe à ma naissance
Commençait l’an nouveau, le long du Grand Bassin
Et mes parents ravis espéraient que la chance
M’épargnerait toujours du fatal tracassin.
Ils souhaitaient pour moi dans l’aube d’après- guerre
La douceur d’exister avec simplicité
Ainsi qu’humanité sans souffrir tel naguère
Lorsque nazifier devenait vérité.
Je sentis m’envahir le besoin d’écriture
Quand tous les compagnons à quelque jeu banal
Profitaient des élans, ceci dans la droiture
D’un dogme exagéré voire phénoménal.
Cependant je devais pour laisser une œuvrette
Apprendre à rédiger, les récits à hauteur
Des conseils prodigués par mon ami Maurette
Natif du temps des loups puis admiré auteur.
Le modeste recueil Du Sillon à la ligne
Rendit au paysan désormais écrivain
L’hommage mérité sans me supposer digne
D’un quelconque talent que j’appelais en vain.
Combien d’écrits mauvais me fallait-il produire
Avant d’apprécier, adapté, le labeur
Dans La Fille du vent sans jamais en déduire
Le plaisir d’éviter les rires d’un daubeur ?
Je ne moissonne pas des lauriers d’excellence
Même suite aux labours appliqués, profonds, droits,
Renouvelés pourtant autant que l’insolence
D’imaginer entrer chez des conteurs adroits.
Je passais le midi puis traverse l’automne
Proche du long hiver qui ruinera mes vers
Dans l’enfer où l’humain à l’âme monotone
Sans cesse ignorera ces vulgaires travers
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